Goryani


Le 9 Septembre 1944 – un coup d’état instaure le communisme en Bulgarie. Des groupes de guérilla anticommuniste apparaissent immédiatement, l’histoire bulgare les retiendra sous le nom de Goryanstvo, ou « Le mouvement Goryani », en traduction libre : « Ceux de la Forêt

Les Goryani provenaient en majorité de la campagne, certains d’entre eux ayant une expérience militaire. Il n’a pas existé de plateforme politique, en revanche leur image a été associée avec les haïdouks (en langue bulgare : « hayduti ») qui, à l’époque, ont eu affaire avec les ottomans. La répression croissante des autorités, culminant avec l’exécution de Nikola Petkov (le chef du Parti Agraire) a provoqué une tendance à l’association des paysans, qui refusaient la collectivisation, avec « Ceux de la Forêt », de la même manière que le brigandage romantique du XIXème siècle.

Il semble qu’il ait existé autour de 28 à 30 groupes Goryani, avec un nombre total tournant autour de 2000 haïdouks armés, la majorité d’entre eux en activité dans le sud du pays (Sliven, Stara Zagora, Velingrad, Les Montagnes Pirin), et quelque 8.000 soutiens.

Évoquons quelques chefs de Goryani.

Gherasim Todorov contrôle la région de Sandansky en 1948. Quelques milliers de soldats de la milice populaire encerclèrent le groupe, le détruisant, alors que son chef se donnait la mort. Un autre haïdouk Borislav Atanasov, réussi à rejoindre la Grèce, en emmenant une partie de ses hommes.

En 1951, les haïdouks ont eu un poste de radio en Grèce « Radio Goryanin » qui émettait vers la Bulgarie, appelant à la formation d’une armée d’insurgés dans la zone de Sliven.

gherasim-todorov

Gherasim Todorov

Gheorghi Stoyanov-Tarpana (dit aussi Benkovski, d’après le nom d’un haïdouk du XIXème siècle) fut encerclé par 6000 soldats, la région entière de Sliven étant occupée par 12000. Son groupe constitué de 71 haïdouks a combattu l’armée pendant 2 jours, 40 d’entre eux étant tués. Stoyanov, blessé de 12 balles, a réussi à briser l’encerclement et à sauver ainsi une grande partie des hommes, même les blessés. Il fut cependant capturé, plus tard, à la fin de 1951, puis abattu.

Georgi Stoyanov-Tarpana

Georgi Stoyanov-Tarpana

L’opération de Sliven a été conduite par Valko Cervenko lui-même, le chef communiste de la Bulgarie, et fut un échec, la population bulgare réalisant que sans les troupes soviétiques, elle aurait pu être une menace sérieuse. Ainsi, si l’Armée Rouge avait stationné en Bulgarie un effectif d’environ 25000 soldats en 1944, dans les années 50, l’effectif a grossi à 250.000. Le monument à la gloire de l’Armée Rouge de Sofia, construit à la même période, a eu une signification claire pour les Bulgares : la répression va continuer avec les soviétiques et toute résistance sera pulvérisée.

D’autres groupes plus importants ont toutefois existé au nord de la Bulgarie, dans le Quadrilatère et dans la zone de Ruse – Tsanko Ivanov, Tsankov-Mecheto, Tsvetana Popkoeva-Tsena, ils ont été capturés ou éliminés sans procès en 1952. De même, un groupe de résistance de la population d’ethnie turque a existé, mais les données à son sujet sont encore plus difficiles à trouver.

Les Goryani ont disparus totalement, lors des dernières confrontations avec la police secrète, dans la région de Sofia, au milieu des années ’60.

Nombre des informations sur les haïdouks bulgares ne sont pas connues, le dossier du Département XII de la Sécurité d’État, l’équivalent du « Bureau de Bandes » de Pavel Aranici chez nous [note de traduction : en Roumanie], n’a pas été entièrement ouvert au public. La motivation, aussi bête que chez nous, étant la sécurité nationale, du fait que les Goryani ont été aussi soutenus par les émigrants bulgares de Grèce (particulièrement), d’Autriche, de France, etc. On ne sait pas grand-chose au sujet de la résistance anticommuniste de la population turque de Bulgarie, même si des Goryani turques ont existé.

Sur les blogs bulgares on débat aussi aujourd’hui de la même culpabilité que chez nous : eux non-plus n’ont pas eu de « Printemps » à Sofia, aucune opposition ni véritable syndicat libre, les haïdouks sont déformés, minimisés, oubliés. Les Bulgares ont aussi condamné le communisme, et même encore devant le Parlement Européen, mais eux non-plus n’ont pas condamné les coupables. Le Mémorial de la douleur version bulgare comprend deux films, Goryanite et Catharsis – la même douleur, la même souffrance et la même injustice.

La résistance armée anticommuniste de Bulgarie présente les plus grandes similitudes avec celle de Roumanie : exclusivement dans le milieu rural, désorganisé, plein de tragédies individuelles, dans un contexte politique et économique presque identique (des pays agraires dont l’élite a été exterminée). Il ne m’en a pas fallu plus pour commencer des recherches, et aussi sur place, pour qu’à la fin du mois de juillet 2011, je fasse un voyage à Sofia afin de rencontrer des descendants des Goryani. Pour ceux qui veulent en savoir plus : il y a l’article de presse qui a attiré l’attention de l’opinion publique bulgare sur l’histoire des haïdouks anticommunistes,  The Forgotten Resistance. Il est écrit par Daniela Gortcheva, une journaliste et écrivain bulgare, une sorte de Lucia Hossu-Longin (Le mémorial de la douleur), de chez nous. Cet article se base dans une grande mesure sur ce texte, disponible en ligne.

Un autre article historique sur cette période, Goryani through the archives, de l’historienne Anka Todorova Ignatova, est disponible en ligne.

Pour finir, la Conférence du Parlement Européne lors de laquelle les Bulgares ont condamné le communisme : The Endured European Dream of Bulgaria, est aussi consultable en-ligne.

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